Un joint de mortier qui s’effrite n’est jamais un simple défaut esthétique. Il peut laisser l’eau pénétrer derrière la maçonnerie, accélérer le gel-dégel et, à terme, déstabiliser des briques ou des pierres pourtant encore en bon état. Savoir comment refaire un rejointoiement extérieur commence donc par une idée essentielle : le nouveau mortier doit protéger le mur sans devenir plus dur ou moins respirant que les matériaux d’origine.
Sur une façade ancienne de Montréal ou de la Rive-Sud, cette compatibilité est particulièrement importante. Les cycles de gel, l’humidité et les réparations successives révèlent vite les interventions faites trop rapidement. Un rejointoiement bien exécuté restaure l’étanchéité relative du parement, conserve son apparence et prolonge la vie de la maçonnerie.
Avant de refaire les joints : évaluer l’état réel du mur
Le rejointoiement consiste à retirer le mortier détérioré sur une profondeur suffisante, puis à le remplacer par un mortier adapté. Il ne s’agit pas de déposer une mince couche de mortier sur la surface des joints. Ce type de retouche, souvent appelé rejointoiement de façade, masque temporairement le problème sans créer une liaison durable.
Un joint doit généralement être repris lorsqu’il est poudreux, fissuré, creusé, décollé des briques ou absent par endroits. Des traces blanches, des briques qui s’écaillent, des infiltrations intérieures ou une végétation qui pousse dans les joints méritent également une inspection. Ces signes peuvent indiquer que l’eau circule déjà dans le mur.
Il faut aussi distinguer une usure normale d’un problème plus profond. Une fissure qui traverse les briques et les joints, un mur bombé, des linteaux rouillés ou une cheminée instable ne se corrigent pas avec du mortier neuf. Dans ces situations, le rejointoiement doit être intégré à une réparation de maçonnerie ou à une correction structurale. Refaire les joints seuls risquerait de cacher un mouvement actif du bâtiment.
Comment refaire un rejointoiement extérieur, étape par étape
La qualité du résultat repose autant sur la préparation que sur l’application du mortier. Chaque façade possède ses particularités : âge du bâtiment, format et porosité des briques, exposition à la pluie, type de joints existants et réparations antérieures. La méthode suivante donne les principes d’un travail durable.
1. Analyser le mortier existant et choisir une formulation compatible
Le mortier ne doit pas être choisi uniquement selon sa couleur. Sa résistance, sa souplesse et sa capacité à laisser migrer l’humidité sont déterminantes. Sur des briques anciennes, un mortier trop riche en ciment peut être plus dur que la brique elle-même. Au lieu de s’user progressivement, le joint force alors l’humidité à s’échapper par la brique, ce qui favorise son éclatement lors du gel.
Le bon mortier dépend de la maçonnerie. Les murs patrimoniaux ou construits avec des briques tendres demandent souvent un mortier à la chaux ou une formulation à faible résistance. Les constructions plus récentes peuvent accepter un mortier différent, sans pour autant justifier un produit universel. Un échantillon ou une analyse du mortier en place permet de vérifier sa composition et d’obtenir une teinte harmonieuse.
La couleur finale dépend aussi du sable, de la chaux, du ciment et du séchage. Il est prudent de réaliser une zone d’essai peu visible avant de traiter toute la façade. Un joint légèrement trop clair ou trop foncé peut changer fortement l’aspect d’un mur de brique, surtout sur une maison ancienne.
2. Retirer le mortier abîmé sans endommager les arrêtes
Le dégarnissage doit atteindre le mortier sain. En pratique, on enlève habituellement les joints sur une profondeur d’environ deux fois leur largeur, souvent entre 15 et 25 mm. Le fond du joint doit être ferme, propre et suffisamment profond pour recevoir le nouveau mortier en plusieurs couches.
Cette étape exige de la précision. Une meuleuse peut être utile sur de longs joints droits, mais elle doit être maniée avec un contrôle rigoureux afin de ne pas couper les arrêtes des briques. Les joints verticaux et les zones près des pierres fragiles se travaillent souvent mieux avec des outils manuels ou pneumatiques adaptés. Une brique ébréchée par un retrait trop agressif ne retrouve pas son intégrité avec du mortier.
Après le dégarnissage, retirez toute poussière, tous fragments friables et les résidus de mortier. Un joint poussiéreux compromet l’adhérence du matériau neuf. Il faut également vérifier les solins, les couronnements, les appuis de fenêtre et les descentes pluviales : si l’eau continue de se déverser sur le mur, les nouveaux joints se dégraderont prématurément.
3. Humidifier la maçonnerie au bon moment
Les briques sèches et poreuses absorbent rapidement l’eau du mortier frais. Celui-ci durcit alors trop vite, perd de son adhérence et peut fissurer. Avant l’application, les joints et les briques adjacentes doivent être légèrement humidifiés, sans être saturés ni ruisselants.
L’objectif est de ralentir le séchage, pas de laver la façade. Par temps chaud, venteux ou très sec, cette précaution devient encore plus importante. À l’inverse, il ne faut pas rejointoyer sur une maçonnerie gelée, détrempée ou exposée à une pluie battante.
4. Garnir les joints en couches compactées
Un joint profond ne se remplit pas en une seule application. Le mortier est posé et compacté en couches successives, généralement lorsque la couche précédente a commencé à prendre. Cette technique limite le retrait, assure une meilleure densité et crée un joint solidaire sur toute sa profondeur.
Le mortier doit être pressé contre les parois du joint, puis fini selon le profil existant : joint concave, affleurant, légèrement rentrant ou brossé, par exemple. Le profil n’est pas qu’une préférence visuelle. Il influence l’écoulement de l’eau et doit respecter le caractère architectural de la façade.
Un rejointoiement de qualité ne doit pas déborder sur la face des briques. Les bavures de mortier sont difficiles à retirer une fois durcies et peuvent laisser une façade tachée. Le nettoyage se fait au fur et à mesure, avec des gestes mesurés et des outils qui n’abrasent pas le parement.
5. Protéger le mortier pendant sa cure
Le mortier a besoin de temps pour développer ses propriétés. Une cure trop rapide, causée par le soleil, le vent ou une température élevée, favorise les fissures et un joint farineux. Il faut protéger la zone réparée avec une toile appropriée et maintenir des conditions d’humidité modérées lorsque la formulation l’exige.
Les températures comptent également. Les travaux doivent être planifiés hors des périodes de gel, en tenant compte des températures nocturnes. Au Québec, le printemps et le début de l’automne offrent souvent de bonnes conditions, mais la météo réelle doit guider le chantier. Une intervention réalisée au mauvais moment peut compromettre un mortier pourtant très bien choisi.
Les erreurs qui écourtent la durée de vie des joints
La première erreur consiste à utiliser un mortier trop dur pour une maçonnerie ancienne. C’est une réparation qui peut paraître nette à court terme, mais qui transfère les contraintes vers les briques. Leur remplacement coûte généralement plus cher qu’un rejointoiement réalisé avec le bon matériau dès le départ.
La deuxième est de ne retirer que la surface du joint. Sans profondeur et sans support sain, le nouveau mortier se détache souvent après quelques hivers. Enfin, l’application sur des joints poussiéreux, trop secs ou gelés produit des résultats inégaux, même lorsque le geste de finition est soigné.
Il faut se méfier aussi des produits de scellement appliqués pour compenser un rejointoiement défaillant. Une maçonnerie traditionnelle doit pouvoir gérer l’humidité. Un revêtement imperméabilisant mal adapté peut emprisonner l’eau dans le mur et accentuer l’écaillage de la brique.
Quand confier le rejointoiement à un spécialiste
Une petite zone accessible, sur une maçonnerie récente et stable, peut parfois être entretenue avec soin par un propriétaire bien préparé. En revanche, une façade complète, un mur élevé, une cheminée, des briques anciennes ou des joints très dégradés demandent une expertise particulière. Le choix du mortier, le contrôle de l’humidité, l’accès sécuritaire et la détection de problèmes cachés font toute la différence.
Pour les bâtiments de caractère, l’enjeu est aussi visuel. Un artisan spécialisé veille à retrouver la texture, la teinte et le profil de joint qui appartiennent à la façade, plutôt que d’imposer un fini moderne. Chez Québrique, cette approche permet d’intervenir avec respect sur la matière existante tout en renforçant la protection du bâtiment.
Avant de planifier les travaux, observez votre façade après une pluie et au changement des saisons. Les zones qui restent humides, les joints qui se creusent plus vite et les briques qui s’effritent indiquent où une intervention attentive préservera le mieux votre propriété.

